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L'Horeca belge affiche un écart salarial quasi inexistant entre hommes et femmes, mais masque peut-être une réalité bien plus inégale
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EN SAVOIR PLUSAvec un écart salarial horaire de 1,5 %, l'Horeca belge semble relativement égalitaire entre les femmes et les hommes. Pourtant, derrière ce chiffre, les fonctions du secteur restent encore réparties de manière très fortement genrée. Dans les cuisines notamment, un véritable plafond de verre limite l’accès des femmes aux professions les plus prestigieuses. Dans cet article, Horeca Forma Be Pro, organisateur du concours Be Cheffe, décrypte ce phénomène.
L’inégal accès aux professions prestigieuses
En Belgique, dans l’Horeca, les femmes reçoivent, en moyenne, un salaire horaire inférieur de 1,5 % à celui des hommes. Il est important de noter que l’Horeca belge est le meilleur élève de l’Union européenne en termes d’écart salarial. Cette position s’explique par des mécanismes propres à la Belgique qui limitent les écarts de rémunération entre travailleurs occupant des fonctions similaires.

Ecart salarial dans l’Horeca, d’après les données d’Eurostat.
Pourtant derrière cet écart relativement faible se cachent d’autres inégalités importantes : si hommes et femmes gagnent plus ou moins le même salaire horaire, ils n’ont pas accès aux mêmes fonctions. Dans l’Horeca, ce constat est clair. À l’hôtel, les femmes sont surreprésentées dans les fonctions de femmes de chambre et de réceptionnistes, tandis que les hommes occupent généralement des fonctions d'encadrement et de gestion. Au restaurant, le service est majoritairement assuré par des femmes tandis que les « managers » sont plus souvent des hommes. Le phénomène s’illustre même dans les cuisines : la profession « aide de cuisine » est occupée à 48 % par des hommes et 52 % par des femmes, tandis que la profession de « cuisinier », plus qualifiée et mieux payée, est occupée à 32 % par des femmes et 68 % par des hommes.

D’après les données de Statbel, issues de l’enquête sur les forces de travail.
Plus le niveau de prestige augmente, plus les différences sont fortes. En 2024, Forbes liste les étoilés Michelin : sur les 153 restaurants étoilés en Belgique, seuls 6 sont tenus par des femmes. L’enjeu n’est donc pas tant une discrimination salariale stricte, mais un inégal accès à certaines professions. Un plafond de verre donc, qui s’ancre dans des traditions stéréotypées.
Un plafond de verre paradoxal
Dans son cours intitulé « Et les femmes, à la cuisine !, une question politique », Geneviève Lacroix, spécialiste d’histoire de l’alimentation et professeure du master « Food Design » de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, présente ce plafond de verre au travers d’un paradoxe fort.
Si les femmes sont peu nombreuses dans les cuisines de restaurant, elles sont souvent les cheffes à la maison. Et, à la maison, certains hommes « aident » leurs femmes à la cuisine, mais plus rares sont ceux qui assument réellement les responsabilités que cela implique.
Cet accès inégal aux professions les plus prestigieuses résulte d'un ensemble de mécanismes qui se renforcent mutuellement. Cela s’explique d’abord par des trajectoires de vie différentes selon le genre. Dans la majorité des secteurs, les carrières des femmes sont davantage interrompues ou ralenties par les grossesses et par une répartition encore inégale des responsabilités familiales. Cela est particulièrement vrai dans l’Horeca car l’activité, qui implique souvent des horaires particuliers (travailler le soir, le week-end), est d’autant plus complexe à conjuguer avec la charge des enfants.
La sous-représentation des femmes à des postes à responsabilités en cuisine est aussi l’héritage de notre société patriarcale. Geneviève Lacroix, historienne, constate que les représentations de femmes dans des cuisines professionnelles apparaissent très tardivement en France ou en Belgique.
Longtemps, dans l’imaginaire collectif, les exigences du métier de « chef » ne correspondent pas au « caractère d’une femme ». La cuisine est associée au feu, aux couteaux et au danger. La restauration est donc un secteur d’action, trop stressant et trop violent pour une femme. Le chef, responsable de l’équipe, doit savoir faire preuve d’autorité. Cela ne correspond pas non plus à l’image de la femme, passive et « dirigée ».
Cette vision n’est heureusement plus la norme, mais si ces stéréotypes ont la peau dure, c’est que les contre-exemples sont toujours rares.
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L'écart salarial de 1,5 % observé dans l'Horeca belge pourrait laisser penser que l'égalité est presque atteinte. Pourtant, derrière ce chiffre se cache une réalité plus complexe : la répartition des fonctions est encore très genrée.
Pour faire évoluer cette situation, la clé est de changer durablement les représentations. Pour cela, l’un des leviers est d’apporter une meilleure visibilité à des parcours féminins inspirants. Plus ils seront visibles, plus il sera possible pour les générations futures de se projeter dans tous les métiers de l’Horeca.
Le concours Be Cheffe contribue directement à cela : qu’il s’agisse d’étudiantes, de salariées ou de cheffes d’entreprises, les femmes seront mises à l’honneur durant le concours. Lors de l’édition 2024, les lauréates Emmanuelle Ampe, Laure Genonceaux, Léa Guchet, ont prouvé que la gestion du feu et des couteaux, de l’action et du stress, et l’excellence culinaire n’ont définitivement pas de genre. Cette année encore, chaque participante sera un témoignage clair que les métiers de l'Horeca sont accessibles à toutes celles qui souhaitent s'y engager. Ainsi, toutes contribueront, ensemble, à dépasser les stéréotypes et à ouvrir, aux autres, le champ des possibles.